ET LE RESTE, RESTE.
Cela fait maintenant plus de quinze ans que je la vois, tous les jours, en prenant le bus ou simplement en ouvrant mes volets. Cette barre de logements HLM située place de la Boule à Nanterre est vouée à la destruction. A l’annonce de cette volonté municipale, je suis prise de divers sentiments. D’une part il est indéniable que sa forme rebute. Construite sur le modèle des architectures des années 60, son aspect vieillissant est largement critiqué, son agencement pose des problèmes de sécurité et son implantation urbaine ne répond plus aux attentes contemporaines.
Néanmoins avec le temps je me suis attachée à sa présence. Comme un point de repère, elle a contribué à construire l’image que je me faisais de l’architecture, ses réussites et ses échecs. Image à partir de laquelle je me suis forgée une opinion sur la question des grands ensembles et à plus longue portée sur l’intégration sociale de leurs habitants. Elle a directement influencé l’écriture de mon mémoire, car je voulais comprendre la représentation et l’image mentale que véhiculent les films et documentaires sur les grands ensembles. C’est durant l’écriture de ce mémoire que je me suis questionnée sur le lien qui existe entre les habitants et l’architecture. Ces liens fragiles entre l’humain et le béton, entre les habitants et les points névralgiques d’un plan urbain posent aujourd’hui plus que jamais la question de la réhabilitation.
Peut-on proposer une solution permettant de garder ce point de repère de tout un quartier ?
Cette barre n’est pas un grand ensemble au sens architectural du terme mais, avec une construction et un agencement spécifique des architectures de cette époque, elle pose des problématiques similaires. Le point de divergence principal avec les grands ensembles étudiés lors de mon mémoire est son implantation au centre d’une ville. Cet élément sera le point névralgique de mon projet. En effet, de par sa centralité elle jouit d’une grande accessibilité, l’arrivée dans un futur proche d’une gare du Grand Paris Express à son pied, la replace d’autant plus au centre des fluctuations et de la vie de la ville.
Cette nouvelle urbanité donne à espérer de nouveaux lieux de collectivité et de partage au croisement des différents flux de circulation. Espace où le piéton reprendrait sa place facilitant ainsi les échanges, et apportant un cadre de vie plus agréable. Cette notion de vie et de collectivité est aujourd’hui complètement absente. De par sa structure elle fait rempart à toute circulation piétonne, son opacité effraye et sa non accessibilité angoisse.
Ma problématique est donc de réhabiliter cette barre pour qu’elle puisse s’intégrer dans un contexte urbain qui a changé. Comment redonner de la place au piéton afin de donner une dimension civique à cette place ? Comment apporter de la diversité et de la mixité sociale ?
Le but n’est pas de remodeler les logements, mais réellement de redonner vie à ces espaces perdus. Pour ce faire, je concentre mon intervention sur le pied de la barre.
Afin d’apporter une nouvelle vie à cet espace je présente une architecture qui accueillera des lieux favorisant la mixité, en proposant des services basés sur le partage, l’échange et l’apprentissage. Dans le but de respecter cette volonté le bâtiment devra permettre une libre circulation entre les différents services proposés. Le travail formel permettra également, en extérieur, de créer de nouveaux accès, jardins et aires de jeux rendant perméable et agréable ce nouveau lieu de vie. Elle propose également différents points de vue sur l’existant, mais aussi des vues plus agréables depuis les appartements. Le travail d’intégration de cette nouvelle structure repose sur la volonté de créer un pont entre les différentes époques aux besoins et attentes différentes.
Diplôme de fin d'étude de l'école nationale supérieur des arts décoratifs de Paris